David Rochat

Co-fondateur de Sofies

David Rochat est un entrepreneur pour qui l’environnement et le développement durable sont une passion. Cet amateur de kitesurf et de voile s’y plonge dès le début de sa carrière: il coordonne notamment des projets de recyclage des déchets électroniques en Inde et en Afrique, et conseille des entreprises dans leur stratégie de durabilité. En 2008, il co-fonde le groupe Sofies en Suisse, dont il assure le business development, tout particulièrement dans les pays en Développement, avant de prendre la direction générale du Groupe en 2015. Entrepreneur aguerri, il a depuis lors contribué à la création de plusieurs entreprises et s’investit dans de nombreuses associations. Il transmet également son expérience en enseignant régulièrement dans plusieurs Universités et Écoles.

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COMPTE-RENDU DE L’ÉPISODE

[01:34] Intro – Un entrepreneur engagé
[04:30] Projet du Moment – Le pari de l’économie circulaire
[07:25] L’Appel à l’Aventure – Bob Morane et rencontre avec le Dr. Suren Erkman
[10:40] Les Tribulations – Toujours créer de la valeur ajoutée
[12:27] La Révélation et le Triomphe – Se concentrer sur ses forces
[16:07] Les Questions Flash
[20:08] Le Bouquet Final – Revenir à sa proposition de valeur et à son core business

Transcription complète de l'épisode

Transcription réalisée avec l’aide d’Happy Scribe

François Paul Lambert: Aujourd’hui c’est en Suisse que nous allons, à la rencontre d’un entrepreneur pour qui l’environnement et le développement durable sont une passion. Cet amateur de kitesurf et de voile s’y plonge dès le début de sa carrière: il coordonne notamment des projets de recyclage des déchets électroniques en Inde et en Afrique, et conseille des entreprises dans leur stratégie de durabilité. En 2008, il co-fonde le groupe Sofies, dont il assure le business development, tout particulièrement dans les pays en Développement, avant de prendre la direction générale du Groupe en 2015. Entrepreneur aguerri, il a depuis lors contribué à la création de plusieurs entreprises et s’investit dans de nombreuses associations. Il transmet également son expérience en enseignant régulièrement dans plusieurs Universités et Écoles. Tribu Digitale, j’ai le grand plaisir de parler aujourd’hui avec David Rochat. David, bonjour!

David Rochat: Bonjour François! Merci pour cette introduction.

FPL: Êtes-vous prêt à nous inspirer aujourd’hui?

DR: Aussi possible que je puisse être prêt, oui!

FPL: Super! David, je viens  de donner un petit résumé de qui vous êtes à la Tribu Digitale. Voulez-vous y rajouter quelque chose? Et est-ce que vous pouvez nous donner un petit aperçu de votre vie personnelle?

DR: Oui avec plaisir. Pas grand chose à ajouter, si ce n’est que en préparant l’interview, j’ai réalisé quelque part qu’en réalité de toute ma carrière, je n’ai jamais eu le statut d’employé classique, si ce n’est pour une courte période de dix mois, directement après mes études d’ingénieur. Et assez tôt j’ai suivi une démarche entrepreneuriale. Même si, pendant les trois quatre premières années de ma carrière, j’ai effectivement été salarié d’une organisation. Mais j’étais détaché en Inde pour un projet de coopération internationale financé par la Suisse. J’étais seul, j’avais un budget conséquent et une liberté totale dans la manière de le dépenser, pour mettre en œuvre une filière de recyclage, et c’était disons un premier pas vers l’entrepreneuriat: apprendre à se débrouiller avec les moyens qu’on nous donne, et puis atteindre des résultats et créer quelque chose de formidable. Et c’est à mon retour d’Inde en 2008 que j’ai cofondé Sofies, qui m’occupe et me fait vivre depuis. Mais pour parfaire l’introduction, j’aimerais quand même mentionner  deux autres initiatives entrepreneuriales et associatives dans lesquelles je suis engagé: une c’est Voisins, un réseau de coworking café  démarré à Genève depuis 2014. Nous avons été les premiers espaces de travail partagés rentables, sans subventions publiques, qui aujourd’hui sont des must à Genève, autant si on est un travailleur nomade de passage, que pour aller boire un coup, et des endroits qui fonctionnent très bien. L’autre venture qui mérite d’être mentionné, c’est que je suis également dans le board de Réalise, la première et plus grande entreprise sociale à Genève, qui fait de la réinsertion par le travail. Et c’est intéressant, parce que Réalise s’est crée dans une démarche totalement entrepreneuriale de la part de ses fondateurs, bien qu’en ayant une mission sociale. Et elle aide des gens, souvent des gens qui se sont pris des gamelles dans la vie, à retrouver du travail, à se réinsérer dans la société par le travail. On a un public qui n’a pas de formation de base, qui est souvent en marge de la société, et ce que fait Réalise, c’est qu’on décroche des mandats de manière tout à fait classique, comme n’importe quelle autre entreprise, dans le domaine du jardinage, de la blanchisserie, du nettoyage ,de petits services à l’industrie, et ces mandats sont réalisés par des gens en réinsertion, et qui bénéficient d’un encadrement. Et le résultat est que près de la moitié d’entre eux finissent par retrouver du travail, à se réinsérer dans la vie sociale de tous les jours.

FPL: Voisins et Réalise. Alors, dans le cadre de Réalise, est-ce que beaucoup retrouvent du travail salarié, ou est ce que vous les incitez aussi à se lancer par eux-mêmes?

DR: Alors c’est souvent du travail salarié. Mais dans les différentes formations qui leur sont proposées, on détecte également s’il y a des talents, ou des gens qui ont un potentiel de créer leur propre activité.

FPL: Super. Alors Voisins, donc c’est un espace de coworking. J’ai envie de vous demander: comment est la scène entrepreneur en Suisse?

DR: Elle est assez particulière, et j’y pensais par rapport à mon propre parcours. La Suisse, que ce soit au niveau scolaire, universitaire ou même culturel, je dirais,  n’est pas un pays d’entrepreneuriat, étonnamment. J’ai fait des études d’ingénieur sans avoir le moindre cours de management ou d’entrepreneuriat, lorsque j’ai suivi mon cursus universitaire. Dans mon cercle d’amis, qui sont pour la plupart des universitaires, je suis le seul à avoir tenté l’expérience de créer ma propre entreprise et de gagner ma vie par un business que je générais moi-même. Donc l’entrepreneur, je dirais est traditionnellement un petit peu un ovni en Suisse, même si les choses ont énormément changé la dernière décennie. On voit que les écoles polytechniques, donc les deux grandes Écoles d’ingénieurs en Suisse sont structurées autour de pôles de startups, avec des incubateurs et ils commencent à s’inspirer un peu du modèle à l’américaine. Et d’autre part, on a l’émergence de toutes les nouvelles formes de travail, et le succès de Voisins et du coworking en est la preuve. On compte plus de 200 membres, et pour la plupart ce sont des auto-entrepreneurs ou des toutes petites PME qui se créent et qui vivent dans nos locaux.

FPL: Super. Alors vous êtes impliqué dans pas mal de projets, vous en avez déjà détaillé quelques uns. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus au sujet de votre projet du moment, je pense que c’est le projet Sofies. Pouvez-vous nous dire comment vous générez vos revenus, et pourquoi vous avez choisi ce business model?

DR: Alors tout à fait, Sofies est effectivement le projet qui depuis dix ans m’occupe à 200%, me fait vivre et est vraiment mon bébé le plus cher, si on a le droit de dire qu’on préfère un de ses enfants. Sofies je l’ai co-fondé en 2008 avec à l’époque trois associés. Aujourd’hui nous sommes six associés. Et j’ai repris la direction générale du groupe Sofies en 2015. Sofies est une entreprise de conseil et de gestion de projets dans les domaines de l’écologie industrielle et de l’économie circulaire, et nous nous sommes donné comme mission de générer un impact positif sur la planète, en nous posant comme partenaire incontournable des acteurs économiques, dans un contexte où l’économie a besoin d’évoluer en harmonie avec son environnement naturel. Donc nous fournissons une palette de services basés sur des compétences techniques professionnelles, qui visent à créer de la valeur ajoutée, notamment en créant des opportunités là où apparaissent a priori des contraintes environnementales, notamment par une meilleure utilisation des ressources et une valorisation systématique des déchets et des polluants. Et aujourd’hui Sofies, c’est une trentaine de personnes, entre 20 et 25 équivalents temps plein. Nous promouvons le temps partiel, pour un chiffre d’affaires d’à peu près 3 millions d’euros, un peu supérieur, et notre staff se trouve en Suisse, en Angleterre, en France et en Inde.

FPL: Et alors, David cette société vous l’avez co-fondée avec un ou plusieurs partenaires. D’où vous est venue l’idée de ce projet?

DR: L’idée du projet, elle s’est imposée…c’est un peu un concours de circonstances. Les sujets de l’écologie industrielle et de l’économie circulaire m’ont passionné durant mon cursus universitaire, et c’était un peu les nouvelles manières de considérer l’environnement, l’impact environnemental de l’industrie, et ce qu’on pouvait en faire. À mon retour d’Inde, en 2008, après trois ans d’expatriation dans la coopération technique, il était temps pour moi de chercher un « vrai travail », pour reprendre les termes de ma mère, et en faisant quelques recherches, j’ai eu l’occasion de re-dîner avec quelqu’un que je connaissais très bien aussi à titre personnel, le professeur Suren Erkman, qui est l’un des gourous de ces thématiques, et qui m’a dit à cette époque, que face à la demande croissante pour faire des projets, pour sortir ces  thématiques du domaine académique et en faire du projet dans l’économie réelle, il sentait que c’était peut-être le moment de tenter l’aventure, et de créer une société. Il m’a demandé si je voulais en être, avec deux autres de ses anciens étudiants, et c’est comme ça que les choses ont décollé.

FPL: Qu’est-ce que c’est, l’économie circulaire?

DR: L’économie circulaire c’est disons, pour faire simple, c’est une économie qui est basée sur les cycles de ressources naturelles. Dans l’économie circulaire, on ne connaît plus vraiment la notion de déchet, c’est-à-dire que, comme dans la nature par ailleurs, tout déchet dans d’un acteur économique doit servir de matière première à un autre. Et l’idée c’est d’organiser l’économie et l’industrie dans une optimisation de sa consommation de ressources, et de créer par exemple des zones industrielles où va attirer certains acteurs économiques, pour qu’ils soient complémentaires aux activités de leurs voisins, et on peut imaginer des réseaux, où une entreprise qui génère des déchets ou qui a des pertes de chaleur, ou de vapeur, va pouvoir les valoriser parce que son voisin en aura besoin pour les consommer.

FPL: Alors vous pariez sur le futur de l’économie circulaire, l’écologie industrielle, le développement durable. Où va-t-on, de votre point de vue, du point de vue d’un entrepreneur ou d’une start-up qui voudrait se lancer, ou va t’on dans ces domaines? C’est quoi le futur?

DR: Le futur je pense, est de traduire ce qui a été une sorte de hype, un trend, ces dix – quinze dernières années, en vrai service à valeur ajoutée. Sofies a pu démarrer avec succès parce que nous avons  surfé sur cette vague. Tout le monde voulait en faire sans vraiment savoir ce que cette. On l’a appelé développement durable. Maintenant on parle plutôt d’économie circulaire. On a toujours quelques bases buzz words, comme ça, qui volent. Ça traduit  un peu la bonne intention des dirigeants, de vouloir faire quelque chose, mais personne ne sait vraiment comment. Après 10 ans d’existence, je vois aujourd’hui que, au-delà des beaux discours il faut proposer du concret, et c’est vraiment en étant focus sur des services à valeur ajoutée, où on s’y retrouve aussi économiquement. Faut pas oublier que le développement durable, c’est pas que l’environnement ou le social, c’est aussi l’économique, qu’on va pouvoir faire progresser ces champs-là.

FPL: Et alors comment est-ce que vous générez vos profits, concrètement? Qui sont vos clients, et comment vous faites vos revenus?

DR: Nos clients sont très large. On  travaille autant pour les collectivités publiques, essentiellement dans le monde francophone, que pour les entreprises, surtout les multinationales, et pour les agences onusiennes, Banque Mondiale etc. Et notre modèle de revenu est un modèle de consulting, donc nous vendons notre temps, un peu sur le même modèle qu’un cabinet d’avocats, et c’est un modèle qui s’est imposé de lui-même, parce que nous avons en quelque sorte inventé notre métier lorsque nous avons tenté de sortir l’économie circulaire du milieu académique, pour en faire un service à valeur ajoutée et on travaille soit au forfait, et le client attend un rapport ou un projet, ou un plan d’action en retour, ou alors vraiment en fournissant des services de consulting.

FPL: Tribu Digitale, gardons ça à l’esprit, car nous allons maintenant explorer le parcours entrepreneurial de David, son aventure en tant qu’entrepreneur, le voyage qui l’a amené là où il y a aujourd’hui. Alors David, commençons par cette question, nous l’appelons l’Appel à l’Aventure. Quand avez vous su au fond de vous que vous vouliez devenir entrepreneur? Et si vous ne vous êtes pas lancé tout de suite, qu’est-ce qui vous a retenu? Je sais que vous avez déjà donné un petit « hint », comme quoi vous  n’avez jamais travaillé comme employé. Mais il y a dû avoir ce moment vous avez senti que vous vouliez vous lancer.

DR: Oui, au fond de moi, je crois que j’ai toujours été destiné à être entrepreneur. Mes parents racontent qu’enfant, je répondais à la sempiternelle question: « qu’est-ce que tu voudrais faire quand tu serais grand? », je disais: « Je voudrais être businessman ». Et j’ai toujours aussi été très indépendant dans ma manière de faire les choses, que ce soit au niveau scolaire ou dans les activités parascolaires que j’ai pu faire tout au long de ma scolarité et mes études. Pourtant je n’ai pas été forcément câblé pour devenir entrepreneur. Comme je le mentionnais tout à l’heure, le parcours scolaire, universitaire en Suisse ne pousse pas forcément dans cette direction, même si les choses ont évolué. Et mon cadre familial non plus, n’est pas très orienté business. Je viens d’une famille de médecins, et on fait de belles carrières universitaires, ou dans les services publics. Mais je n’ai pas été incubé dans un milieu qui me pousse à l’entrepreneuriat. Et du coup j’ai longtemps cru, et c’est ce qui m’a retenu je pense, que l’entrepreneuriat était réservé à une caste de gens à part, des sortes de Bob Morane du business, dont je ne faisais pas partie. Et je me suis plutôt dirigé au début de ma carrière, vers une carrière de baroudeur, dans l’aide au développement, à vouloir sauver le monde et faire des projets avec les mains dans le cambouis. Et je dirais, deux éléments ont été déterminants, pour que je me lance. La première ça a été la rencontre, en Inde, avec un jeune entrepreneur-né, lui: Olivier Vander Elst, qui est devenu l’un des plus proches amis depuis et…

FPL: Et que nous avons reçu un épisode précédent de Révolution Digitale.

DR: Exactement. Et Olivier a été une source d’inspiration pour moi, parce que face à son enthousiasme à dessiner une dizaine d’idées de business par jour, ont fini par me contaminer au point que j’ai fini par me dire: Et pourquoi pas moi? Et l’autre élément déterminant, ça a été mon retour en Suisse, où après trois ans d’expatriation Inde dans le domaine de la coopération, il fallait trouver un travail, et j’ai très très vite réalisé que le statut d’employé avec horaires, pointeuse,  hiérarchie, allaient me rendre malheureux. Et c’est là où je suis tombé sur le gourou de l’écologie industrielle, Suren Erkman , qui m’a fait part de l’opportunité de monter Sofies, et c’est ainsi que les choses ont démarré.

FPL: Super. Alors, David, vous êtes lancé, vous avez créé votre groupe, vous avez expérimenté, et vous avez sûrement découvert aussi que le chemin, le parcours de l’entrepreneur, n’était pas un chemin facile. C’est un chemin qui est semé d’embûches. David, parlez-nous un peu de votre pire moment en tant qu’entrepreneur. On parle souvent de l’échec chez l’entrepreneur, dans ce podcast on rappelle souvent que dans certaines cultures, l’échec est plutôt vu comme un vecteur de la réussite, comme si les Américains. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça? Et racontez-nous quel a été votre pire moment en tant qu’entrepreneur? Racontez-nous cette histoire.

DR: Je suis d’accord et pas d’accord. Je suis d’accord que c’est un chemin difficile et qu’il faut apprendre de ses échecs, et surtout avoir peur de l’échec. Bien au contraire. Je ne me suis gamellé sur quelques autres idées de business. Par contre dans le parcours de Sofies, les choses ont été étonnamment faciles, voire même très faciles durant les six-sept premières années. On a créé une entreprise sur une opportunité, celle d’un professeur d’université qui se faisait l’avocat de ces nouvelles manières de voir l’économie et ses relations à l’environnement. Tout le monde voulait en faire, le sollicitait énormément pour faire des projets. Il n’arrivait pas à suivre à l’université, et on s’est dit: il est temps de se lancer. Et quand on nous a ouvert Sofies, les mandats tombaient tous seuls. Nous profitions de l’aura de Suren Erkman, et on a commencé à employer des gens et à générer du chiffre d’affaires, sans trop savoir comment ça nous arrivait. On a eu la chance assez rapidement aussi de remporter deux appels d’offres majeurs, avec des agences onusiennes, qui nous ont aussi mis sur les rails pour quelques années, c’était des projets qui duraient 4 à 5 ans, avec des budgets qui nous permettaient d’engager du staff. Donc les choses se sont vraiment faites de manière assez simple, je dois dire.

Les vrais problèmes, ou les premiers problèmes auxquels nous avons été confrontés, ont été des problèmes de croissance. C’est-à-dire que aucun de nous, associé fondateur n’étaient des manageurs, ou n’avaient même la moindre notion de management. Et il a fallu apprendre sur le tas, avec toutes les erreurs que vous pouvez imaginer. Et ça, ça a été la première douche froide, je dirais. C’est quand on commence à passer des nuits blanches à bricoler des tableaux Excel, simplement pour s’assurer qu’on paye bien les salaires et les charges sociales, les coûts, qu’on a du cash flow etc.

Deuxième problème, plus sérieux, qui a commencé à apparaître, c’est quand nous avons réalisé que nous avions grandi un peu trop vite, en tirant sur toutes les opportunités qui se présentaient, sans toujours créer de valeur ajoutée, en surfant sur cet intérêt général pour les questions de développement durable, et nous travaillions uniquement sur une base projet, avec très très peu de récurrence dans nos mandats. C’est-à-dire quand un projet se terminait, il fallait chercher le suivant pour notre staff et nos collaborateurs, et on est arrivé à un endroit où on a réalisé qu’on devenait une sorte de colosse aux pieds d’argile, et que le risque de s’effondrer était grand. Et c’est là où on a eu peut-être un petit coup au moral, avec une période de doute, en se disant: mais finalement à quoi sert? Est-ce que nous allons simplement surfé sur une vague? Et où va-t-on aller jusqu’à là? Est-ce que nos destins d’entrepreneur, finalement, c’est de courir après du chiffre d’affaires, de gérer des équipes, d’acquérir des projets. Et je crois qu’à ce moment-là, on s’était peut-être un peu détachés de nos valeurs, et il y a eu un petit coup au moral à ce moment-là. Et c’est à ce moment là aussi qu’on a réalisé qu’il fallait vraiment un modèle d’affaires créateur de valeur ajoutée pour nos clients, pour que l’on puisse continuer à aller de l’avant.

FPL: Tribu Digitale, ne perdez pas de vue vos valeurs, entourez-nous bien rester à l’affût des appels d’offres, si c’est dans votre domaine, restez informés. Et surtout, apprenez aussi les principes de la gestion. Il n’y a pas besoin de retourner à l’école ou à l’université pour ça. David, que s’est il passé ensuite? Quand est-ce que les choses ont basculé en votre faveur?

DR: Les choses ont basculé en notre faveur quand on a réalisé notre fragilité, qu’on avait réalisé qu’on avait la tête dans le guidon, qu’on perdait peut-être un peu de plaisir, et surtout quand on s’était éloigné du « pourquoi » nous avions créé cette entreprise. Et pour moi il y a eu une véritable révélation lorsqu’à ce moment-là, il y a un peu plus de deux ans, avec mes associés nous nous sommes mis au vert, avec un coach dans un endroit magnifique dans les Alpes Suisses, et on a réfléchi à l’avenir. Et c’est à ce moment-là également que j’ai repris la direction du groupe. Et ça peut paraître trivial, mais l’outcome principal, c’est que nous avons réalisé que pour aller de l’avant, il fallait nous concentrer sur nos forces, arrêter d’être opportuniste et tirer sur toutes les opportunités qui se présentaient, qu’il y avait un vrai travail intellectuel à faire pour capitaliser sur ce que nous avions appris et réalisé sur nos nombreux projets durant sept ans. Nous focaliser pour faire toujours mieux là où nous sommes forts. Laisser tomber un certain nombre d’activités et ne pas se laisser parasiter par le chant des sirènes, par des mandats peut-être lucratifs, mais à très court terme, qui en fait nous déconcentraient du véritable focus, qui était réellement de transformer les challenges environnementaux en opportunités économiques.

FPL: Tribu Digitale, concentrez-vous sur vos forces, choisissez vos opportunités. David, si vous pouvez résumer la ou les leçons clés que vous avez retirées de cette expérience, quelles seraient-elles. Je veux dire, en quelques mots, que pensez-vous que la Tribu Digitale doive retenir comme leçon de votre expérience?

DR: Alors  ce que j’ai appris ces dernières années, au risque de me répéter, c’est focus sur le core business. On ne crée pas de valeur ajoutée en vendant du vent, uniquement basé sur du marketing ou de bonnes compétences commerciales. Et là je vois un risque dans le monde des startups, et de l’entrepreneuriat, c’est que les gens sont fascinés par ce que permettent les réseaux sociaux, le viral marketing et toutes autres nouvelles tendances pour se faire connaître. Mais beaucoup de gens vendent des coquilles vides. Et ça vraiment pour moi, c’est le premier message clé: c’est développer vos talents, créez de la valeur pour les autres, faites un effort, et focusez-vous sur ce à quoi vous êtes bon. Deuxième leçon apprise: c’est de se faire confiance et de faire confiance aux autres, à vos collaborateurs et encouragez-les également à exprimer leurs forces et à faire ce qu’ils aiment. Je ne connais personne qui est performant en faisant quelque chose qu’il n’aime pas et ça n’a aucun sens et ce n’est pas comme ça qu’on fait avancer un business. Troisième leçon apprise: je dirais croyez que c’est croyez en que vous faites, et restez proches de vos valeurs. Entreprendre n’est pas un chemin facile, ça demande beaucoup d’énergie, ça demande de la force, ça demande de passer à travers des tempêtes, et vous ne pouvez pas vous permettre de vous réveiller sans avoir la niaque, sans avoir l’envie, la motivation et la passion. Et finalement, ce que j’ai appris plus récemment, c’est qu’il n’y a que 24 heures dans une journée, et outsourcez les compétences dont vous avez besoin mais qui ne sont pas les vôtres et qui peuvent prendre potentiellement énormément de temps. Certaines seront bien faites, bien mieux faites par des professionnels. Je pense à des choses toutes simples dans une entreprise, comme la comptabilité, tout ce qui est légal, marketing etc. Mais comprenez suffisamment de quoi il s’agit pour ne pas vous faire plumer par les nombreux prestataires qui existent autour de vous.

FPL: Tribu Digitale, prenez bien note, concentrez-vous sur ce qui est au cœur de votre projet. Faites-vous confiance, mais faites aussi confiance aux autres. Restez proche de votre valeur, de vos valeurs et de votre passion. Gérez votre temps, déléguez, explorez l’outsourcing. David, merci beaucoup pour ces mots. Nous sommes maintenant arrivés à la partie des Questions Flash. Alors ici, je vous pose une série de questions en rafale, et vous répondez en allant à l’essentiel. Est-ce que vous êtes prêt?

DR: Avec plaisir.

FPL: Quelle est votre définition du succès?

DR: Pour moi le succès c’est clairement de pouvoir gagner sa vie en faisant ce que l’on aime, et ce en quoi l’on croit, avec des gens qu’on aime.

FPL: À quoi ressemble votre journée-type?

DR: Si j’avais une journée-type, il serait temps de passer à autre chose.

FPL: Si vous deviez recommander un livre pratique, quel serait-il? Et pourquoi?

DR: Je ne suis pas un grand fan des livres de management qu’on trouve dans les librairies d’aéroport en général. Mais s’il y en a un qu’il faut retenir, et que je recommande à tout entrepreneur de lire, c’est « Reinventing Organizations », de Frédéric Laloux. Un livre fascinant, qui montre comment la société humaine a adapté ses structures d’organisation, au fur et à mesure qu’elle en apprenait plus sur la vie, sur la science, sur ses technologies etc. et qui est quelque part la Bible de la création et de l’holacratie et de l’entreprise libérée,  des nouveaux modes de management.

FPL: Quels outils ou appli, productivité ou autre, utilisez-vous régulièrement?

DR: Pas d’applis particulières autres que les outils collaboratifs habituels: Dropbox, Google Agenda, les différents outils de visioconférence etc. En gros mon bureau, c’est mon téléphone et mon laptop. Nous sommes déjà organisés dans nos différentes filiales en coworking et en interne. Et notre plus grosse filiale, celle de Genève, déménage très prochainement dans un espace de coworking où nous serons également mélangés à d’autres entreprises.

FPL: Alors, en plus des projets et des secteurs dans lesquels vous travaillez, qu’est-ce qui vous inspire vous passionne en ce moment? Quels sont les domaines qui vous paraissent prometteurs?

DR: Alors, un domaine qui attire beaucoup de mon attention, et à laquelle je consacre de plus en plus de temps: c’est toute cette famille de technologies qu’on appelle de capture et d’utilisation du CO2. À ne pas confondre avec la capture et le stockage dont le grand public a beaucoup plus entendu parler. Il s’agit de toute une palette de technologies très variées, qui permettent d’extraire le CO2 de l’atmosphère, donc le CO2 est  ce gaz qui crée le changement climatique et est un des défis environnementaux majeurs auxquels nous en face, et qu’il extrait et permet de le transformer en quelque chose utilisable par l’économie. Ainsi aujourd’hui on est capable de refaire des combustibles, de reproduire des combustibles en extrayant du dioxyde de carbone de l’atmosphère, mais également produire des matériaux de construction sous forme de polymères, ou de minéraux, et même des composants chimiques pour l’industrie pharmaceutique, à partir du CO2 atmosphérique. Et c’est un secteur qui s’accélère à toute vitesse. On est vraiment passé du laboratoire aux démonstrations pilote en un temps record. Je vois une accélération très nette dans ce domaine-là, et j’ai confiance que ce genre de technologie à terme soit le complément parfait au développement des énergies renouvelables, de l’efficience énergétique pour que nous soyons capables en tant que société humaine d’aborder le challenge que représente le changement climatique.

FPL: La dernière question c’est la question Back in Time, ma préférée. Imaginons que vous ayez l’opportunité de remonter le temps, et vous vous retrouvez face à votre « vous » de 18 ans vous n’avez que cinq minutes avant que le portail temporel ne vous ramène au présent. Avec l’expérience que vous avez maintenant, que vous diriez-vous. D’un point de vue pratique, quels plans ou conseils précis donneriez-vous à votre jeune alter ego pour réussir, et qui n’implique pas d’acheter des billets de Loto, des paris sportifs ou d’investir en Bourse.

DR: Ce serait trop facile. Le conseil au jeune « moi », je dirais, ça serait: change rien. Crois en qui tu es, en ce que tu sais faire, fonce,  doute moins, si ça t’arrive de douter, et surtout sois fier de ce que tu accomplis.

FPL: Tribu Digitale, croyez en vous, soyez fiers de ce que vous accomplissez, et ce que vous allez accomplir, n’ayez pas peur. David, merci! Nous sommes arrivés à la fin de l’épisode. Merci d’avoir partagé généreusement toutes ces informations avec nous. Tribu Digitale, j’espère que vous avez bien pris note. Je sais qu’il y en a parmi vous qui hésitent encore à se lancer et j’espère que l’aventure de David vous inspirera à faire le grand saut. David pour le mot de la fin: que diriez-vous à nos auditeurs de la Tribu Digitale qui hésitent encore à se lancer, ou qui se sont bloqués. Si vous aviez un seul conseil à leur donner, quel serait-il?

DR: Alors pour ceux qui hésitent à se lancer. Je dirais: si d’autres y sont arrivés, il n’y a pas de raison que vous ne puissiez pas y arriver aussi. Je crois que tout le monde a le potentiel d’entreprendre et de créer quelque chose qui le fasse vivre. Et la deuxième chose, pour ceux qui se sentent bloqués, je dirais: revenez à vos valeurs et à votre core business. Quelle est la proposition de valeur que vous offrez? Qu’est-ce que vous offrez que vous-même auriez envie d’acheter, qui mériterait qu’on y consacre de l’intérêt, qu’on y dépense de l’argent. Et si vous n’avez pas une réponse à ça, vous pouvez faire toutes les marketing, commercialisation, communication que vous voulez, ça ne marchera pas.

FPL: David, vraiment merci, ce fut un plaisir et un honneur de vous avoir parmi nous aujourd’hui. Avant de nous quitter, dites-nous comment rester en contact avec vous sur les réseaux sociaux ou ailleurs. Et si vous avez une annonce à faire, la Tribu Digitale vous écoute.

DR: Le plaisir, tout d’abord, est partagé, François. Merci pour l’invitation. Et très volontiers, pour toute personne qui aimerait me contacter, on me trouve facilement sur LinkedIn. Et vous pouvez également consulter le site de Sofies, l’entreprise que je dirige: www.sofiesgroup.com (en anglais group), et je me ferai un plaisir de répondre aux auditeurs qui pourraient prendre contact avec moi.

FPL: Tribu Digitale, vous venez d’entendre David Rochat partager avec vous son expérience et ses conseils. C’est à vous de jouer maintenant. Rejoignez-nous sur la revolutiondigitale.fr. Tapez « David » dans la barre de recherche: vous aurez accès à sa page dédiée avec toutes les informations et les références dont nous avons parlé aujourd’hui. Et bien sûr, n’oubliez pas de visiter la page de David www.sofiesgroup.com, et de le suivre sur les réseaux sociaux, notamment sur LinkedIn. David, merci encore d’avoir partagé votre aventure avec la Tribu Digitale. Au revoir, et je vous retrouve en backstage.

DR: Merci François.

LES POINTS À RETENIR

1. CRÉEZ ET OFFREZ DE LA VALEUR AUX LES AUTRES. Développez vos talents, et concentrez-vous sur votre core business, sur vos forces, sans tomber dans le piège du viral marketing et des réseaux sociaux. Ne prenez pas nécessairement n’importe quelle opportunité, juste par souci de croissance. Revenez toujours à vos valeurs, au “pourquoi” vous avez lancé votre projet.

2. FAITES-VOUS CONFIANCE ET FAITES CONFIANCE AUX AUTRES. Croyez en vous, en ce que vous faites, et croyez également en vos collaborateurs et encouragez-les à exprimer leurs forces et à faire ce qu’ils aiment.

3. N’HÉSITEZ PAS À « OUTSOURCER ». Vous ne pouvez pas avoir toutes les compétences, et surtout, votre temps est précieux. Pour pouvoir vous concentrer sur vos forces, et gagner beaucoup de temps, outsourcez les compétences dont vous avez besoin, et qui ne sont pas les vôtres.

ABONNEZ-VOUS AU PODCAST!

OUTILS MENTIONNÉS

Vous trouverez ci-dessous toutes les références des resources mentionnées durant l’épisode!

APPLIS

Liste des applis mentionnées durant l’épisode.

LIVRES

Liste des livres mentionnés durant l’épisode.

AUTRES

Autres resources mentionnées durant l’épisode (événements, sites web, etc.)

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