Virginie Simon

Fondatrice de MyScienceWork

Virginie Simon est une femme ingénieure, docteur et entrepreneure en tech, qui a reçu en 2017 à San Francisco le trophée de la meilleure femme française entrepreneure. Alors qu’elle mène sa thèse sur les nanotechnologies contre le cancer, cette française développe l’idée de créer MyScienceWork. Nous sommes en 2010. Il s’agit d’une plateforme globale scientifique permettant le libre accès à la connaissance scientifique et développant des outils innovants d’archivage, d’analyse de données et de dissémination de la recherche. Elle décroche en 2014 une bourse pour participer à un programme d’accélération de startups en Californie, où elle s’installe alors avec sa famille. En plein essor, l’entreprise emploie actuellement 15 personnes, et est également présente au Luxembourg et en France à Paris.

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COMPTE-RENDU DE L’ÉPISODE

[01:34] Intro – Une française dans la Silicon Valley
[06:32] Projet du Moment – MyScienceWork et la révolution de l’édition scientifique
[08:56] L’Appel à l’Aventure – Être libre
[11:55] Les Tribulations – L’investisseur insolvable
[15:13] La Révélation et le Triomphe – Le départ pour San Francisco
[20:45] Les Questions Flash
[27:29] Le Bouquet Final – Trouver ce que l’on veut vraiment faire, donner un sens à sa vie

Transcription complète de l'épisode

Transcription réalisée avec l’aide d’Happy Scribe

François Paul Lambert: Notre invitée d’aujourd’hui est une femme ingénieure, docteur et entrepreneure en tech, qui a reçu en 2017 à San Francisco le trophée de la meilleure femme française entrepreneure. Alors qu’elle mène sa thèse sur les nanotechnologies contre le cancer, cette française développe l’idée de créer MyScienceWork. Nous sommes en 2010. Il s’agit d’une plateforme globale scientifique permettant le libre accès à la connaissance scientifique et développant des outils innovants d’archivage, d’analyse de données et de dissémination de la recherche. Elle décroche en 2014 une bourse pour participer à un programme d’accélération de startups en Californie, où elle s’installe alors avec sa famille. En plein essor, l’entreprise emploie actuellement 15 personnes, et est également présente au Luxembourg et en France à Paris.

Tribu Digitale, j’ai le grand plaisir d’accueillir aujourd’hui en direct de la Silicon Valley: Virginie Simon! Virginie, bonjour!

Virginie Simon: Bonjour! Bonjour à tous!

FPL: Merci d’être avec nous aujourd’hui. Êtes-vous prête à nous inspirer?

VS: Oui!

FPL: Super, alors Virginie, je viens de donner un tout petit résumé de qui vous êtes à la Tribu Digitale. Est-ce que vous voulez y rajouter quelque chose? Et avant de nous parler de vos projets, pouvez-vous nous donner un petit aperçu de votre vie personnelle?

VS: Comme tu l’as dit, je vis à San Francisco depuis trois ans, déjà. Voilà. Où je travaille et où j’ai un petit garçon de 4 ans.

FPL: Alors, j’aimerais bien vous demander: qu’est-ce que votre expérience aux Etats-Unis vous a appris? Pour une entrepreneure, quelles sont les différences principales avec la France par exemple?

VS: Il y en a plein. Disons que ce n’est pas du tout la même manière de penser. Je dirais que quand on est entrepreneur, on a toujours la sensation que ça ne va pas assez vite. Et c’est toujours le cas ici, mais on a l’impression que ça va quand même un peu plus vite ici. Donc ça c’est très agréable, à savoir que la prise de décision est plus rapide. Les échanges aussi le sont également. Et puis c’est assez facile d’avoir rendez-vous avec des gens ici; les gens sont assez ouverts. Donc c’est assez simple même d’aller voir le fondateur de grandes entreprises. Donc les gens sont très ouverts avoir beaucoup de feedback, et on n’a pas cette impression de prendre du temps, ou de déranger. Donc c’est très interactif très collaboratif et très inspirant.

FPL: En tout cas nous sommes vraiment très honorés de vous avoir aujourd’hui, et ici à Révolution Digitale, on souhaite vraiment mettre en avant les femmes entrepreneurs. Vous avez reçu un trophée, le trophée de la Meilleure Femme Française Entrepreneure. Je pense que c’est par la Chambre de Commerce Franco-Américaine. Qu’est-ce que ça représente pour vous?

VS: Disons que c’était beaucoup de choses, parce que c’est vrai que en Silicon Valley, il y a beaucoup d’innovations, comme on le sait. Nous on travaille en Tech. On utilise de nouvelles technologies, le machine learning, le Natural Language Processing. Voilà tout le monde est dans la tech. Maintenant dans tout ce qui est une innovation sociétale, il y a plein de choses à faire. Et c’est vrai que du point de vue parité et nombre de femmes dirigeantes, c’est assez décevant. Il n’y a pas beaucoup de femmes à la tête de sociétés et encore moins en tech. Ce qui fait que, vous voyez, pour vous donner un chiffre, sur Crunch Base, on dit qu’il y a 16 % de startups dont les fondateurs, où il y a au moins une femme. Et aux Etats-Unis, je n’ai pas vraiment les statistiques mais en Silicone Valley, c’est encore moins. Donc c’est quand même régulièrement que je me retrouve seule, par rapport à un panel d’hommes, et donc évidemment il y a beaucoup de choses à faire. Et il y a une prise de conscience, qui est vraiment là. Depuis quelques années, on le ressent fortement. Et donc il y a plein d’initiatives pour encourager à ce qu’il y ait plus de femmes CEO,  plus de femmes en Tech, ici, donc c’est vraiment très bien. Et la Chambre de Commerce et d’Industrie de San Francisco organise chaque année une grand messe qui s’appelle les FABA, les French American Business Awards, qui donne des prix à des Français qui représentent le milieu agricole, le milieu entrepreneurial, voilà tout un tas de milieux. Et pour la première fois, ils avaient créé une rubrique pour mettre en avant les femmes, et par des rôles modèles, donc des rôles qui peuvent inspirer des plus jeunes, ou d’autres femmes à venir. Donc c’était une nouvelle catégorie. Elle était très attendue cette catégorie, la dernière de la soirée, et c’était totalement une surprise, parce qu’on n’annonce pas du tout les résultats, donc que j’étais très très surprise et fière d’avoir été élue role model au niveau des FABA. Pour moi c’est très important, parce que je ne consacre pas mal de mon temps, à côté de MyScienceWork, et aussi pour MyScienceWork, pour mettre en avant les femmes scientifiques les femmes, les femmes en Tech, pour donner des conseils, et on essaye de voir si on ne peut pas mettre en place un petit programme aussi, pour ouvrir notre réseau et faciliter l’accès à la Silicon Valley, par rapport à des femmes entrepreneuses, ou qui veulent porter un projet entrepreneurial.

FPL: En tout cas bravo pour ça! Vous vous êtes fait connaître avec votre formidable projet, MyScienceWork. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus, à propos de ce projet? Et aussi, comment vous générez vos revenus, et pourquoi vous avez choisi ce business model?

VS: Oui. En fait c’était aussi les circonstances, c’est-à-dire que dans le milieu scientifique, on est à un moment clé, où il y a vraiment une révolution qui est en train de se mettre en place, qui s’est mise en place dans l’édition scientifique. Avant, il y avait un plein de gros acteurs, et grâce à l’open access, à l’open source et la libération des connaissances, la libération des connaissances des découvertes scientifiques, et donc les gens, tout un chacun pouvait d’un coup avoir accès aux résultats de recherches, et en faire des choses. Donc il y a eu la place pour plein d’autres acteurs, donc des startups innovantes. Et nous, c’était vraiment le parfait timing. Et donc, c’est profiter de ce moment clé pour participer de l’intérieur à la libération des découvertes scientifiques. MyScienceWork, au départ, c’est une plate forme globale, scientifique où on a rassemblé 70 millions d’articles scientifiques, 12 millions de brevets, et dont on met en avant le plus grand nombre possible, pour qu’ils soient en open access, en libre accès. Donc vous allez sur la plateforme, vous n’avez même pas besoin de vous créer un compte, vous pouvez trouver par des mots clés, des articles ou des brevets, les télécharger, les consulter et faire un espace collaboratif où en tout, dans notre communauté, on a un demi million de chercheurs et de passionnés de science. Alors on fait beaucoup de technologies, parce que cette base de données on l’analyse, avec des technologies comme je disais comme le Natural Language Processing, le NPI ou le Machines Learning. Et puis on va déterminer quelles sont les tendances de recherche, quels sont les tops inventeurs. Quelle est l’évaluation des collaborations internationales. On travaille par thématique. Et donc comment on génère des revenus? On travaille principalement pour les instituts de recherche, pour les éditeurs, mais aussi pour des entreprises qui ont des pôles R&D et de deux produits: le premier, c’est des archives institutionnelles, et donc on va faire des bibliothèques numériques. On va pouvoir traiter, analyser et visualiser leur production scientifique. Et puis on fait SIRIUS, un produit de big data scientifique, où on fait de l’analyse de données en masse.

FPL: Tribu Digitale, gardons ça à l’esprit, car nous allons maintenant explorer le parcours entrepreneurial de Virginie, son aventure en tant qu’entrepreneure. Le voyage qui l’a amenée là où elle est aujourd’hui. Virginie, commençons par cette question: nous l’appelons l’Appel à l’Aventure. Alors évidemment, vous avez déjà un petit peu expliqué avec MyScienceWork,  que vous répondiez à un problème, mais quand est-ce que vous avez su, au fond de vous, que vous vouliez devenir entrepreneure. Et dans votre cas , vous vous êtes peut-être lancée tout de suite, mais est-ce qu’il y a eu un moment de doute dans votre lancement, ou est-ce que ça a été complètement naturel?

VS: En fait, au fond de moi…Donc moi j’ai créé MyScienceWork à 28 ans, donc juste après ma thèse. J’ai soutenu ma thèse et après directement je me suis lancée dans le projet entrepreneurial. Mais c’était plus…je savais pas que je voulais devenir entrepreneure, mais je savais que je voulais être libre. Libre de plusieurs choses: je voulais être libre de travailler sur mon propre projet. J’avais plein d’idées, puisque j’avais eu plein de constatations pendant ma thèse. Donc ce n’était pas un problème. Il y avait suffisamment de contraintes et de problèmes pour pouvoir y répondre, je trouvais. Et comme je vous le disais, le moment était propice, puisque c’est tout un secteur qui était en train de révolutionner, je voulais travailler avec qui je voulais, et je voulais aussi travailler d’où je voulais, et organiser mes journées comme je l’entendais. Alors évidemment, il y  a un revers à tout ça, c’est que être entrepreneur, c’est une énorme charge de travail, c’est des fonctions touche-à-tout, c’est quand même très stressant. Et pour moi, l’entrepreneuriat c’est un peu un sprint endurant. Il faut être à fond, mais ne faut pas s’épuiser. Donc ça va faire bientôt 8 ans que MyScienceWork a été lancé. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne s’ennuie pas. C’est un métier extrêmement difficile, mais pour moi le plus important, c’est d’assumer ses choix, d’être un peu maître de sa vie. Ç’aurait pu se traduire, je pense…j’aurais pu faire le choix d’être artiste ou aventurière, parce que c’est toujours cette quête de liberté et de prendre sa vie en main. Mais comme j’ai toujours été passionnée de sciences et que j’ai fait des études là-dedans, pour moi c’était le moment, c’était l’entrepreneuriat. Donc le choix c’était l’entrepreneuriat. Et donc, une fois que j’ai fini ma thèse de doctorat. On m’avait proposé des postes etc. Et je me suis dit: Non, je veux prendre mon destin en main, faire ce que j’ai envie de faire. J’avais des idées, donc je me suis lancée là-dedans en 2010, à Paris, et c’était le début de l’aventure.

FPL: Tribu Digitale, l’entrepreneuriat c’est « un sprint endurant ». Je suis tout à fait d’accord, je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites, notre audience, la Tribu Digitale, qui nous écoute. C’est cette liberté, c’est cette liberté qui fascine. Et c’est vrai, il faut assumer ce choix. Si on veut prendre son destin en main, c’est un choix. Et si on prend ce choix, il faut l’assumer. Alors ce chemin justement, dont on parle, le chemin de la réussite en tant qu’entrepreneur, il  est semé d’embûches. Alors Virginie, maintenant, est-ce que vous pouvez nous parler peut-être de votre pire moment en tant qu’entrepreneur. Dans ce podcast on parle souvent de l’échec d’entrepreneur. Chez les américains, par exemple, l’échec est plutôt vu comme un vecteur de la réussite. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça? Et racontez-nous quel a été votre pire moment en tant qu’entrepreneure.

VS: Oui, c’est vrai que le fait de vivre aux Etats-Unis, ça nous met plus à l’aise par rapport à cet aspect. Parce que c’est vrai que les gens en parlent beaucoup: j’ai créé une boîte, puis une deuxième, et ça n’a pas marché. Puis j’ai fait ceci. Et puis ça a l’air complètement évident, alors que c’est vrai qu’en France, on n’est plus en train de se dire: Mon dieu c’est horrible. J’ai échoué, je suis nul, je ne sers à rien. Donc c’est vrai que c’est confortable. Maintenant, effectivement huit ans c’est tellement intense, il y a eu tellement de difficultés et d’échecs, et il y en a encore, bien sûr. Il faudrait retranscrire tout cela dans un livre tellement c’est dense, et par moment d’ailleurs,  incroyable; et je n’aurais jamais cru vivre des moments, par moment, aussi incroyables. J’ai jamais envisagé de tout abandonner, parce que je pense que je suis trop tenace pour cela, mais par contre j’ai déjà pensé que ça allait s’arrêter, ça oui. Alors le pire moment, si on doit faire une échelle du pire moment, je dirais que le moment ça a été quand même été en 2012, où on cherchait à lever des fonds, et on avait cherché un peu partout en France, en Europe surtout, dans certains autres pays. Et puis on s’était engagé auprès d’un business angel français, qui nous avait proposé un demi million d’euros. On avait fait donc un pacte d’actionnaires, un contrat en bonne et due forme devant les avocats. Et pourtant, les mois qui ont suivi, aucun fonds n’est arrivé. Donc il y avait toujours une bonne raison. Et jusqu’à ce qu’on se rende compte, au bout de quelques mois, qu’il n’était pas solvable. Et le pire, c’est qu’on connaît d’autres sociétés à qui c’est arrivé, et il y a, ça existe comme pour tout, mais il y a des investisseurs malheureusement qui peuvent être des escrocs ou des menteurs. Et à ce moment-là, ben évidemment on avait vraiment misé dessus, donc on n’avait plus de trésorerie, on a bien des retards de paye, des accumulations de factures. Enfin c’était vraiment la catastrophe, comme on dit. Et heureusement, on avait tellement élargi notre champ de prospection, qu’à ce moment-là, d’autres propositions sont venues, dont une du Luxembourg. Et en fait, au final cet évènement, ça a vraiment failli nous détruire, mais au final, c’est aussi pour ça qu’on est parti au Luxembourg puis aux Etats-Unis, qu’on est tombé sur des investisseurs avec qui on travaille aujourd’hui main dans la main. Et donc ce qui a failli nous détruire, ben finalement ça nous a permis d’aller…parce que sinon on  ne les aurait pas trouvés, c’est sûr, ça a été finalement un des meilleurs évènements pour le projet MyScienceWork. Donc comme quoi, la vie est toujours pleine de surprises.

FPL: Exactement! Quelle histoire en tout cas! Soyez vigilants, tout n’est pas rose bien évidemment. À l’inverse, j’aimerais bien vous demander: est-ce que vous avez eu un moment d’illumination? Donc vous avez déjà eu votre idée, qui était déjà un moment d’illumination en soi, mais lors de votre développement de votre entreprise, est-ce qu’il y a eu un moment où vous vous êtes dit: Ah tiens, waow, c’est mon « aha  moment », comme ils disent chez les américains. Peut-être une idée qui a boosté votre entreprise, vous a amenée dans une autre direction?

VS: Là c’est pareil. Il y en a plusieurs. C’est vraiment les dents de scie. J’aime le parallèle aussi, j’ai fait une thèse avant et pour ceux qui ont en faire un doctorat, on voit qu’il y a des dents de scie,  on passe par des pics très très mauvais, et en même d’enthousiasme énorme. C’est aussi valable pour plein de projets mais c’est vrai que l’entrepreneuriat, c’est le cas, on passe par des très bas et par des très hauts. Alors les très hauts, qui font plaisir bien entendu: un élément fort de la vie de la société, ça a été quand même en 2014, quand on a été sélectionné à Sunnyvale,  donc en plein centre de la Silicon Valley, pour passer trois mois d’accélération de startup sur place. Donc on est parti à plusieurs. C’était la première fois qu’on allait en Californie, et donc l’idée c’était de se dire: Est-ce que notre business model est compatible avec le marché américain? Grande question, parce qu’on ne savait pas exactement comment fonctionnaient les universités ou les pôles R&D. Est c’est vrai qu’à ce moment-là, après trois mois où  on était quand même bien encadré, à faire autant de rencontres, à voir ce climat extrêmement favorable, tous les indicateurs étaient au vert. Et donc à ce moment-là, on est rentré en disant: Il faut qu’on crée une filiale à San Francisco, le marché est très opportun, très complémentaire avec ce que l’on fait. On a eu le feu vert de tout le monde, et donc dès octobre 2014, on a pris nos valises et puis on est parti s’installer à San Francisco. C’était quand même un moment vraiment fantastique, avec une très belle énergie, avec tout le futur devant nous. Donc ça c’était un élément marquant. Ensuite, travailler du coup entre trois pays, avec la France, le Luxembourg et les Etats-Unis, la Californie, ça aussi c’est un peu un cercle vertueux qui a amené pas mal de visibilité, donc les prix qui font toujours quand même très plaisir. On  peut parler de celui des FABA et du role model. L’année dernière, on a eu pas mal de prix. L’année dernière on a eu aussi le Trophée des Français à l’étranger, catégorie entrepreneurs. Donc des reconnaissances. Et puis commercialement, on va dire que là où on a commencé à être très content, c’est quand on a commencé à remporter nos premiers appels d’offres. Donc ce qu’on appelle pour nous des gros contrats, avec des gros montants, donc ça, ça fait bien plaisir.

FPL: Alors Virginie, si vous pouviez  résumer la ou les leçons que vous avez retirées de votre expérience, quelles seraient-elles? En quelques mots, que pensez-vous que la Tribu Digitale doive retenir comme leçon de votre expérience?

VS: Alors c’est des choses qu’évidemment, je ne suis pas la première à dire, mais c’est tellement vrai: c’est de toujours, toujours y croire. On est les porteurs de projets, donc on est ceux qui veulent y croire à 1000%, à 100000 %. Personne n’y croit plus que nous-mêmes. Convaincre les autres, en permanence. Se battre vraiment avec acharnement. Être aussi très flexible, c’est-à-dire regarder autour de soi, tâtonner par moments, et dès qu’on voit que c’est dans une mauvaise direction, hop se remettre en question, changer son fusil d’épaule et aller dans une autre direction. Tester, s’améliorer donc ça c’est très important, une très grande flexibilité. Et être toujours dans l’action. C’est-à-dire que « attendre », j’essaie de le bannir de mon vocabulaire. Même si on attend des deadlines,  on attend des nouvelles, ben il faut quand même mettre le plus de chantiers, il faut prioriser, mais mettre des chantiers les uns à côté des autres, et ne pas attendre. Et puis pour les gens, donc pour les gens qui ont la chance de savoir ce qu’ils veulent, ou qui ont un rêve dans leur vie, moi je leur conseille quand même de se lancer, parce que voilà, il y a suffisamment de gens qui ne savent pas ce qu’ils veulent faire, qui n’ont pas forcément d’idée tout de suite. Donc ceux qui ont une idée, qui ont l’envie, mais qui se disent: non, je vais peut-être faire ça plus tard. Je n’ai peut-être pas assez d’argent, je vais peut-être faire ceci, j’ai mon prêt. Je pense que c’est des fausses excuses, des choses qui sont…on peut toujours repousser à demain. Mais comme la route est vraiment longue et semée de beaucoup d’embûches, moi je pense que c’est bien de commencer le plus tôt possible. Et le fait de savoir pourquoi on se lève, et pourquoi on passe autant d’énergie et de sacrifices dans un projet, parce que c’est le sien, c’est celui d’une équipe, celui qu’on porte, pour moi c’est un peu comme être vraiment vivant et acteur de sa vie. Moi je trouve ça toujours formidable.

FPL: Tribu Digitale, on ne le répétera jamais assez: croyez en vous et votre projet, entourez-vous bien, soyez flexibles, restez dans l’action. Lan-cez-vous! Virginie, nous sommes maintenant arrivés à la partie des questions flash. Alors ici, je vous pose une série de questions en rafale, et vous me répondez en allant à l’essentiel. Est-ce que vous êtes prête?

VS: Tout à fait.

FPL: Quelle est votre définition du succès?

VS: Je dirais: avancer chaque jour vers son but, vers son objectif. Moi j’essaye que chaque soir, je me dise que j’ai fait un petit pas supplémentaire pour avancer dans la bonne direction. Moi j’imagine toujours une montagne très très haute, un gros sommet à gravir, c’est l’objectif final. Et par contre, si on ne garde pas à pas, jour après jour voilà on s’y prend avec parcimonie, on monte la montagne au fur et à mesure, elle paraît moins effrayante. Et chaque jour on se rend compte du chemin qui a pu être fait.

FPL: À quoi ressemble votre journée-type?

VS: Ah, ça c’est rigolo, parce que j’aime bien ma journée-type depuis que effectivement on  travaille avec trois pays et deux fuseaux horaires, parce qu’il y a quand même 9 heures de moins qu’à Paris ou au Luxembourg. Alors le matin, 8 heures: Skype, mon grand ami, pour faire des réunions avec les équipes, que ce soit en France ou au Luxembourg. Alors moi c’est quelque chose qui me plaît beaucoup, c’est que dans ce métier, les interlocuteurs sont très variés. Donc il va y a des jours, donc les équipes c’est tout le temps bien sûr, mais après il y a des interactions avec les investisseurs, avec des journalistes, avec des partenaires, des prospects. Le côté juridique, les RH, les comptables, les prestataires, enfin voilà, on ne s’ennuie pas.

FPL: Les podcasts.

VS: Voilà, les podcasts. Après vers 13 heures, 14 heures, quand l’Europe commence à se fatiguer et commencer à aller se coucher, ou faire la fête, moi je prends mon petit bateau, parce que j’habite de l’autre côté de San Francisco, de l’autre côté du Golden Bridge. Donc je prends une petite navette, 15 minutes de bateau, et je vais à San Francisco. Ça c’est pas mal, je dis « coucou » au Golden Gate. C’est beau.

FPL: Les bus locaux, sur l’eau.

VS: Oui, c’est sympa. Donc rendez vous. Rendez vous sur place. Entrepreneurs, des financiers, des partenaires, il y a toujours plein de conférences, des meetups, des apéros. Tout est propice à networker. Après, vers 17h30, hop, je vais chercher mon petit garçon à l’école, et le soir une fois qu’il est couché, soit on repart pour des soirées, soit des dîners de travail, soit un peu de lecture, de veille. Enfin voilà, on ne s’ennuie pas.

FPL: Alors si vous deviez recommander un livre pratique, quel serait-il? Et pourquoi?

VS: Là je vais citer un classique: « Lean Startup », d’Eric Ries. Puisque pour moi c’est un peu incontournable. C’est juste ça, sur la flexibilité, et prioriser ces activités. Je pense que c’est vraiment les deux choses qui sont très intéressantes; tellement de choses à faire, prioriser, mettre toujours les choses les plus importantes à faire en premier, même si elles peuvent être compliquées, parce que  lever des fonds, ça prend beaucoup de temps. Trouver des investissements aussi. Et être flexible. Donc on doit en permanence pouvoir changer de direction. Savoir tester, s’adapter avant qu’il ne soit trop tard. Donc voilà, travailler son agilité

FPL: Alors quels outils ou applis, productivité ou autre,  technologiques ou pas, utilisez-vous régulièrement?

VS: Oui alors là c’est simple, nous on utilise surtout des applis gratuites, donc on travaille avec Skype, Google docs, rien de très original. Après moi, une appli qui me sert tout le temps, mais c’est à San Francisco, c’est les Uber pour se déplacer.

FPL: Il n’y en a pas qu’à San Francisco. Mais c’est vrai que là, le berceau, on va dire.

VS: Oui c’est ça.

FPL: Alors qu’est-ce qui vous inspire ou vous passionne en ce moment? Quels sont les domaines qui vous paraissent prometteurs?

VS: De manière technologique, il y a tout ce qui est  intelligence artificielle, qui commence à tellement se développer, donc ça c’est passionnant, d’être au cœur de la tech. C’est vrai qu’on apprend énormément de choses. Et puis après, je dirais, de manière sociétale, je pense que c’est le bon moment d’investir, dans tous les sens du terme, dans des startups qui sont fondées par des femmes. Je pense que maintenant tout le monde est bien convaincu que, quand on arrivera enfin à la parité, et que 50% des entreprises seront dirigées par des femmes, ou fondées par des femmes, la croissance ne sera que meilleure. Donc toutes les initiatives qui vont dans ce sens, je pense qu’elles sont bien.

FPL: Femmes de la Tribu Digitale, à bon entendeur. La dernière, c’est la question Back in Time. Imaginons que vous ayez l’opportunité de remonter le temps, et vous vous retrouvez face à votre « vous » de 18 ans. Vous n’avez que cinq minutes avant que le portail temporel ne vous ramène au présent. Avec l’expérience que vous avez maintenant, que vous direz-vous? D’un point de vue pratique, que feriez-vous différemment? Quel plan précis vous donneriez-vous pour réussir plus efficacement, et qui n’implique pas d’acheter des billets de Loto des paris sportifs, ou d’investir en bourse.

VS: Bon alors j’ai entrepris à 28 ans, juste après mon doctorat, et j’ai tellement adoré mes études, que je ne changerais rien au timing. Maintenant, ce que je ferais différemment: clairement j’accorderais plus d’importance à l’anglais, très tôt, parce que c’est tellement important et ça aide tellement dans les affaires. C’est pour ça que je suis vraiment ravie que mon petit garçon qui a 4 ans soit déjà bilingue. Je me dis: Quelle chance il a,  ça enlève une bonne épine du pied. Je m’associerais, parce que je me suis associée avec Tristan Davaille, qui est financier. Je pense que même si je ne sais pas qui j’aurais choisi, mais en tout cas, je pense que j’essaierais de choisir un troisième associé qui soit dans la tech, pour ce soit plus complémentaire. J’essaierais d’être encore, je me dirais qu’il faut être encore plus confiante, que j’aurai des difficultés encore plus énorme que ce que j’aurais pu imaginer, mais quelles sont quasiment toutes dépassables, en tout cas dépassables, on en est encore là. Et puis je me dirais quand même dans le coin de l’oreille, qu’un jour je vivrai en Silicone Valley, juste pour me faire rêver.

FPL: Virginie, merci beaucoup pour tout ça! C’est déjà la fin de l’épisode. Merci d’avoir partagé généreusement toutes ces informations avec nous. Tribu Digitale, j’espère que vous avez bien pris note. Je sais qu’il y en a parmi vous qui hésitent encore à se lancer, et j’espère que l’aventure de Virginie vous inspirera à faire le grand saut. Virginie, pour le mot de la fin: que diriez-vous à nos auditeurs et  auditrices de la Tribune Digitale qui hésite encore à se lancer ou qui se sont bloqués. Si vous aviez un seul conseil à leur donner, quel serait-il?

VS: Moi je dirais: écoutez-vous, c’est déjà tenter de savoir ce que vous voulez vraiment faire. Et une fois qu’on le sait, c’est déjà une telle chance de savoir ce que l’on veut faire, ben de le faire. Et comme ça, jour après jour, votre vie aura plus de sens, et toute l’énergie que vous apporterez à ce projet, ce sera vraiment dans un cercle vertueux. Et puis la suite après, c’est juste une immense aventure incroyable et intense. Et puis je dirais: n’attendez pas d’être vous-même, écoutez-vous, et être dans l’action.

FPL: Virginie, vraiment, encore merci! Ce fut un vrai plaisir et un honneur de vous avoir parmi nous aujourd’hui. Alors avant de nous quitter, dites-nous comment rester en contact avec vous, sur les réseaux sociaux ou ailleurs. Et si vous avez une annonce à faire, la Tribu Digitale vous écoute.

VS: Avec plaisir! Soit mon mail professionnel: [email protected] Sur le  réseau MyScienceWork, évidemment. Sinon j’utilise beaucoup LinkedIn, très très utilisé ici Silicon Valley également. Donc Virginie Simon, très simple. Ou sur Twitter: @virsimon.

FPL: Tribu Digitale, vous venez d’entendre Virginie Simon partager avec vous son expérience et ses conseils, c’est à vous de jouer maintenant. Rejoignez-nous sur revolutiondigitale.fr, et tapez « Virginie » dans la barre de recherche: vous aurez accès à sa page dédiée, avec toutes les informations et les références dont nous avons parlé aujourd’hui. Et bien sûr, n’oubliez pas de visiter la page de Virginie sur Internet: www.mysciencework.com, et de la suivre sur ses réseaux sociaux, Linkedin, Twitter ou même de lui envoyer un email. Virginie, merci encore d’avoir partagé votre aventure avec la Tribu Digitale! Au revoir, et je vous retrouve en backstage.

VS: D’accord, merci! Au revoir!

LES POINTS À RETENIR

1. NE LÂCHEZ JAMAIS, CROYEZ TOUJOURS EN VOTRE PROJET. Personne n’y croira plus que vous-mêmes. Vous êtes le porteur de votre projet, soyez prêt à convaincre les autres, à vous battre pour lui.

2. TRAVAILLEZ VOTRE AGILITÉ. Soyez flexible, allez-y pas-à-pas, testez, améliorez, tenez-vous prêt à changer de cap, si nécessaire. Soyez toujours dans l’action, priorisez, et n’attendez pas.

3. COMMENCEZ LE PLUS TÔT POSSIBLE ET ÉCOUTEZ-VOUS. Si vous avez une idée, si vous avez la chance d’avoir trouvé ce que vouliez faire, si vous savez pourquoi vous vous levez le matin, pourquoi vous êtes prêt à mettre autant d’énergie et de sacrifices dans votre projet, lancez-vous, ne cherchez plus d’excuses. La route est longue, semée d’embûches, autant s’y mettre au plus vite, pour donner plus de sens à votre vie. Car une aventure incroyable et intense vous attend!

ABONNEZ-VOUS AU PODCAST!

OUTILS MENTIONNÉS

Vous trouverez ci-dessous toutes les références des ressources mentionnées durant l’épisode!

APPLIS

Liste des applis mentionnées durant l’épisode.

LIVRES

Liste des livres mentionnés durant l’épisode.

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