Douglas Mbiandou

Fondateur & CEO d’Objis | #10000codeurs

Douglas Mbiandou veut “faire de l’Afrique le premier fournisseur de Développeurs au Monde.” Il a une vision: celle “d’une Afrique au centre de l’écosystème mondial du secteur des logiciels”. Celui pour qui le coding est une seconde nature (ou: cet entrepreneur du digital) est né au Cameroun et part en France à l’âge de 7 ans. Ingénieur diplômé de l’INSA Lyon, il fonde en 2005 Objis. Ce centre d’apprentissage en informatique a déjà formé plus de 3000 personnes dans l’Hexagone et compte des équipes au Cameroun, Sénégal et en Côte d’Ivoire. Désireux de mettre également ses compétences techniques, pédagogiques et entrepreneuriales au service de la lutte contre le chômage des jeunes en Afrique, il met en place les initiatives #AfricanGeek et #10000codeurs, qui compte former 10.000 informaticiens d’ici 2025.

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COMPTE-RENDU DE L’ÉPISODE

[00:01:34] Intro
[00:02:56] Projet du Moment – Un centre de formation professionnel (Objis) et un projet ambitieux pour l’Afrique avec #10000codeurs
[00:09:50] L’Appel à l’Aventure – Bloqué dans un travail salarié avec un manager incompétent
[00:12:50] Les Tribulations – La relation avec les institutions et s’entourer des bonnes personnes
[00:16:16] La Révélation – Offrir de la valeur à son marché (et une règle importante du marketing inbound !)
[00:19:57] Le Triomphe – Donner pour mieux recevoir !
[00:21:38] Les Questions Flash
[00:30:03] Le Bouquet Final

Transcription complète de l'épisode

François Paul Lambert: Notre invité d’aujourd’hui veut “faire de l’Afrique le premier fournisseur de Développeurs au Monde.” Il a une vision: celle “d’une Afrique au centre de l’écosystème mondial du secteur des logiciels”. Celui pour qui le coding est une seconde nature est né au Cameroun et part en France à l’âge de 7 ans. Ingénieur diplômé de l’INSA Lyon, il fonde en 2005 Objis. Ce centre d’apprentissage en informatique a déjà formé plus de 3000 personnes dans l’Hexagone et compte des équipes au Cameroun, Sénégal et en Côte d’Ivoire. Désireux de mettre également ses compétences techniques, pédagogiques et entrepreneuriales au service de la lutte contre le chômage des jeunes en Afrique, il met en place les initiatives #AfricanGeek et #10000Codeurs, qui compte former 10000 informaticiens d’ici 2025.

Tribu Digitale, j’ai l’immense plaisir d’accueillir aujourd’hui Douglas Mbiandou.

Douglas, bonjour!

Douglas Mbiandou: Bonjour!

FPL: Alors, êtes-vous prêts à nous inspirer, aujourd’hui?

DM: Je suis prêt à inspirer vos auditeurs.

FPL: Super! Alors Douglas, je viens de donner un petit résumé de qui vous êtes à la Tribu Digitale. Voulez-vous y rajouter quelque chose? Et est-ce que vous pouvez nous donner un petit aperçu de votre vie personnelle?

DM: Alors, la bio est très bonne. Parfait. Félicitations. En ce qui concerne, pour compléter peut-être,  ma vie personnelle: je suis marié, j’ai trois merveilleux enfants que j’ai eu avec ma femme non moins merveilleuse, Fanta, que j’ai rencontrée au Sénégal il y a dix ans alors que je démarrais mon activité.

FPL: Alors Douglas, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus au sujet de votre projet du moment? Il y a votre société Objis, j’espère que je prononce bien, mais il y a aussi #10000Codeurs, c’est plutôt un projet que vous avez sur le côté, ou est-ce que c’est une société que vous avez créée?

DM: Alors, Objis, effectivement c’est un centre de formation professionnelle. ça fait douze ans, donc que j’ai créé cinq ans après avoir quitté mon école d’ingénieur, après cinq ans d’activité en tant que salarié. J’ai créé cette société, comme vous l’avez précisé: 3000 personnes formées aujourd’hui. Donc ça, c’est du business. C’est un centre de formation traditionnel, destiné à des adultes dans un secteur qui est la programmation, en particulier dans un langage de programmation qui est Java. Et puis #10000Codeurs, c’est un coup de cœur. #10000Codeur, c’est  le projet qui, on va dire, alors que j’ai aujourd’hui 40 ans, 41 ans, c’est le projet qui donne sens à ma vie; c’est le projet qui me permet de me projeter, en fait, en tant que personne qui contribue à « la bonne marche de l’humanité », avec une sensation de devoir jouer un rôle de grand frère pour tous ces jeunes que je rencontre en Afrique, qui sont intelligents, qui sont brillants, qui sont curieux mais malheureusement, qui faute d’encadrement d’après moi, faute de rôles modèles, n’ont pas d’espoir et pour certains d’entre eux, comme vous savez malheureusement, ils tombent dans le banditisme, et puis certains fuient le continent. Donc voilà, #10000Codeurs c’est une Association, une association Loi 1901, donc déclarée ici à Lyon, une association à but non lucratif, qui a pourtant une ambition titanesque et cette ambition, je pense, va dans le sens de l’Histoire du numérique, de la jeunesse africaine.

FPL: Et alors, l’un des objectifs de #10000Codeurs c’est de faire du continent africain le premier fournisseur de développeurs au monde. Alors, comment vous vous y prenez pour ça, c’est quoi votre plan?

DM: Alors, il y a d’abord cette notion de « mindset ». Vous savez aujourd’hui en Afrique, il y a plusieurs faits: il y a des jeunes, il y a du chômage. Et puis il y a le numérique. Les jeunes consomment le numérique, les jeunes sortent de l’école, ils sont au chômage. Et pus les jeunes manquent de confiance en eux. Moi j’ai vu un petit peu tout ça et je me suis dit: « mais comment est-ce que je peux contribuer? » Non seulement je vais essayer de contribuer à apporter de la connaissance à ces jeunes, puisque mon parcours professionnel montre que j’ai aujourd’hui un savoir-faire que je souhaite désormais, à travers #10000Codeurs, fournir à ces jeunes. Donc je leur une compétence, un savoir-faire opérationnel, qui leur permet d’avoir un emploi voire, pour certains, créer un startup. Mais j’ai aussi cette volonté de changer le « mindset », de faire en sorte qu’ils se disent que, non seulement ils sont compétents, mais en plus, forts du bonus démographique, en fait que le monde entier – comme on le sait dans  trente ans, une personne sur quatre en afrique – . Mais en plus le monde entier va venir sur le Continent pour chercher leurs compétences.

Alors la question c’est: comment je vais faire. C’est la question que me posent ceux qui n’y croient pas, d’ailleurs: « Comment tu vas faire, Douglas? C’est pas possible! ». En fait, ce que j’ai déjà commencé à faire, on en parlera peut-être  tout à l’heure pour les 100 premiers, c’est de transmettre déjà à des experts, transmettre à des développeurs expérimentés mon savoir-faire pédagogique. Je crois beaucoup au présentiel. Je crois beaucoup au modèle: lorsque vous êtes jeune, et que vous avez à côté de vous un grand frère qui a 5 ans, 10 ans d’expérience dans un secteur porteur, et que ce grand frère arrive à trouver des mots et avoir la pédagogie pour vous transférer une compétence qui aujourd’hui fait sa réussite, et bien je suis convaincu que non seulement vous allez avoir des compétences techniques, que vous auriez peut-être d’ailleurs, pour certaines compétences pu avoir sur Internet à travers des MOOC. Mais en plus, vous allez avoir un sentiment de confiance, parce que ce grand frère est là. Et donc moi aujourd’hui, à travers #10000Codeurs, je cherche à former 200 grands frères, 200 informaticiens professionnels, qui ont au minimum trois ans d’expérience dans le secteur d’activité qui est le nôtre, et à qui je vais fournir le vernis pédagogique qui fait le succès de mon centre de formation professionnelle. C’est ça la clé, en fait de  #10000Codeurs. C’est une armée de 200 formateurs qui vont former ces 10 000 jeunes. 200 professionnels de l’informatique, déterminés comme moi à donner du sens à leur vie, à partager leurs connaissances, à 10 000 jeunes déterminés, eux, à faire du numérique un vecteur de leur émancipation, et en arrière-plan, à faire du continent africain un pilier du numérique en Afrique.

Donc voilà un petit peu le centre: on forme, on crée ce réseau de 200, qui sont physiquement sur le continent. Aujourd’hui par exemple au Cameroun on en a trois,  au Sénégal on a quatre, en Côte d’Ivoire on en a trois.

Je ne sais pas si ça répond à la question comment arriver à 10 000 codeurs. Au début ce sera d’abord beaucoup de présentiel. Moi je crois beaucoup au présentiel. J’aime bien les formations à distance, mais je crois beaucoup à la transmission physique. Je crois beaucoup à cette identification que va faire l’apprenant envers ce grand frère, et ça colle très bien avec la dimension sociale qui est présente sur le Continent. Voilà, aujourd’hui il y a 100 jeunes qui nous font confiance. Ces 100 là,  ils ont des grands frères, et vous vous en rendez compte un petit peu si vous allez sur le Facebook de #10000Codeurs, ou le Facebook des différents Objis en Côte d’Ivoire, puisque les témoignages commencent à arriver. Vidéo, audio et c’est dans quelques mois que nous verrons effectivement des visages, puisque nous allons faire des reportages sur ces 100 là, afin que aussi, un peu comme nos 200,  soient inspirants pour les prochains bénéficiaires  #10000Codeurs. Donc vous voyez, il y a vraiment cette idée de rôles modèles. Cette idée de dire:  on va avoir quelqu’un à qui s’accrocher, quelqu’un qui va nous apporter du savoir, et puis finalement on va y arriver, nous. On est jeunes,  mais ces grands frères ont confiance en nous, ils veulent nous donner des compétences. On va s’accrocher. On va y arriver. Ils nous promettent qu’au bout, il y a l’insertion, au bout, il y a l’emploi, et on va s’accrocher et y arriver.

FPL:Tribu Digitale, gardons ça à l’esprit. Nous allons maintenant explorer le parcours entrepreneurial de Douglas, son aventure en tant qu’entrepreneur. Le voyage qui l’a amené là où il est aujourd’hui. Alors, Douglas, commençons par cette question: nous l’appelons l’Appel à l’Aventure. Quand avez-vous su, au fond de vous, que vous voulez devenir entrepreneur? Et si vous vous êtes pas lancé tout de suite, qu’est-ce qui vous a retenu?

DM: Alors, j’ai su après le bac, globalement, que j’avais on va dire des aptitudes à bien communiquer. ça je l’ai senti. Maintenant, la volonté, ce que je voulais d’abord, c’est d’abord être ingénieur. Parce que la famille, voilà c’était important pour la famille, parce que je savais que l’école était un vecteur de réussite, et comme de nombreux étudiants, je m’arrêtais là. Donc certains disent « passe ton bac d’abord », moi j’ai dit « deviens ingénieur d’abord ». Donc j’ai atteint mon objectif de devenir ingénieur. Quand j’y suis devenu ingénieur, on m’a dit: « si tu es ingénieur il faut que tu sois salarié quelque part, et que tu gagnes ta vie ». La famille aidant aussi, puisque dans le modèle de ma famille, c’était finalement ça, la réussite. Comme dans le modèle de beaucoup de familles. La réussite c’est: être salarié. On en reviendra peut-être tout à l’heure, par rapport au projet par rapport à l’Afrique, et par aux écoles d’ailleurs africaines, et pas aux familles africaines, pour lesquelles le modèle c’est d’abord: deviens quelqu’un en étant salarié, quelque part obtiens ton salaire mensuel, et couvre les besoins qui sont les tiens, et ceux de ta famille. Donc je suis entré dans ce schéma-là. J’ai intégré un grand groupe informatique. Secrètement, je mûrissais l’espoir de devenir entrepreneur, mais on m’avait conseillé en me disant: « fais d’abord les erreurs chez les autres ». Et j’ai fait quelques erreurs d’ailleurs, professionnellement, dans l’entreprise, pendant cinq ans. Et au bout de cinq ans, pour répondre à la question « qu’est-ce qui a fait que je bascule? », j’ai eu un manageur qui d’après moi n’était pas à la hauteur. J’ai eu un chef, qui d’après moi n’était pas un bon chef, contrairement à ceux que j’avais eus au préalable, qui avaient du recul, qui avaient de la bienveillance, qui comprenaient mon immaturité professionnelle et qui couvraient, à certains égards, certaines de mes erreurs.

J’ai eu un chef qui lui, n’était pas un chef et je ne reconnaissais pas en lui un leader. J’ai eu une altercation avec lui, en lui disant: « écoutez, je pense que vous n’avez pas les compétences pour être mon chef ». Et lui il m’a dit « écoute, si t’es pas content, tu pars, et tu crées ta propre boîte ». C’est comme ça que j’ai eu l’idée de devenir mon opérateur économique. J’ai eu l’idée de me challenger moi-même, en me disant: et si non seulement je devenais un chef, mais je devenais un chef, mon propre chef. Et si je faisais en sorte que, en étant un acteur économique, j’avais comme client finalement la société dans laquelle je suis. C’est un peu comme ça qu’est venue l’idée de créer ma propre activité.

FPL: Et alors Douglas, vous parliez de faire des erreurs en entreprise, vous avez lancé votre affaire après avec Objis, et en tant qu’entrepreneur on a aussi des moments difficiles. Alors peut-être parlez-nous un peu maintenant de votre pire moment en tant qu’entrepreneur. On parle souvent de l’échec de l’entrepreneur, chez les Anglo-Saxons l’échec est vu comme un vecteur de la réussite. Je le dis souvent dans ce podcast. Alors, est-ce que vous êtes d’accord avec ça? Et racontez-nous quel a été votre pire moment en tant qu’entrepreneur.

DM: Alors je peux peut-être raconter mes premiers moments difficiles? Je me rappelle de ce courrier des impôts. La Taxe sur la Valeur Ajoutée, que j’ai eu à peu près deux ans et demi, deux ans après la création de mon entreprise, et un courrier qui me fait comprendre que je dois à peu près 20 000 euros à l’Etat français.

FPL: C’est la lettre qu’on ne veut jamais recevoir ça!

DM: J’ai le souvenir précis, j’ai le souvenir précis de ce moment où l’Etat français me dit que j’ai confondu mon argent avec l’argent de l’Etat, et donc il faut rembourser. Voilà un moment difficile, parce que je n’avais pas cette trésorerie, je n’avais pas cet argent-là sur mon compte. Et donc ça, ça été un moment difficile. C’est alors que j’ai pu comprendre que, en lisant le parcours d’autres entrepreneurs, j’étais à peu près au moment où vous savez, on dit « l’entreprise, faut qu’elle livre trois ans ». Quand elle a vécu trois ans, après ça va. Et je comprends que ces trois ans, ça correspond à peu près au moment où il faut, l’ardoise arrive c’est- à-dire que l’on vous demande de rendre des comptes. Soit sur les impôts, donc la TVA, soit sur le régime social. Calendrier fiscal, calendrier social: ce sont les deux premières erreurs que j’ai pu faire en tant qu’entrepreneur. J’ai un petit peu mélangé. Donc voilà un petit peu mon moment difficile, au début. J’ai su, je vous parlais de mes aptitudes à communiquer, puis à échanger et être dans le dialogue. Je me suis rapproché des services de l’Etat, et j’ai fait comprendre que je ne pouvais pas payer. Et on s’est arrangé à ce que je puisse payer en 14 fois. Donc on s’est arrangé et c’est comme ça que j’ai pu gérer ce premier incident qui, je l’ai compris par la suite, était dramatique pour de nombreuses entreprises et de nombreux gestionnaires qui avaient fait la même erreur que moi. Donc premier conseil: ne mélangez pas donc, l’argent de l’entreprise avec l’argent de l’Etat. Collectez l’argent de l’Etat, et rendez à l’Etat ce qui doit aller à l’Etat. J’ai compris à ce moment-là que je n’avais pas ces aptitudes sur la partie gestion, qui me permettrait d’amener ma société à bon port.

J’ai donc résolu, et là c’est le volet management, de m’entourer de personnes qui auraient pu pallier à cette carence, qui aurait pu s’avérer dramatique pour mon entreprise. Donc vous voyez, on passe d’une erreur financière, à une stratégie dans le management, pour s’entourer de bonnes personnes. Et je pense que c’est ce genre de réflexe, le dialogue avec les Institutions, et le fait d’essayer de s’entourer de personnes, qui vont pallier à mes lacunes, qui fait que j’en suis encore là aujourd’hui.

FPL: Tribu Digitale, prenez bien note des conseils de Douglas: soyez bien entouré. Alors Douglas, vous vous êtes bien entouré vous-même des bonnes personnes, et c’est ça qui vous a permis un peu de faire basculer les choses. Mais que s’est-il passé ensuite? Quand est-ce que les choses ont vraiment basculé en votre faveur? Quand est-ce que votre business a commencé à fleurir, et quelles sont les actions concrètes qui ont contribué selon vous à votre réussite?

DM: Je viens de vous parler du fait de gérer cette première erreur, d’accord? Mais ce n’est pas parce que vous êtes en règle avec l’Etat, que votre business forcément décolle. J’étais à l’époque dans une situation où j’étais prestataire de prestataire de prestataire de prestataire. Vous voyez ce que je veux dire? C’est-à-dire que quand on vous donne une mission (je vais vous donner quelques chiffres), on vous donne une mission et on vous dit: « Ah Douglas, tu fais de la formation, c’est très bien. J’ai une mission pour toi, et on va te facturer la mission  250 euros par jour ». Alors quand c’est quand les premières missions vous êtes content, vous savez. Vous faites votre calcul: entre 250 et 300, je crois que c’était 300 à l’époque. 300 euros par jour, et vous faites le calcul sur 20 jours, à peu près, ça fait combien? ça fait 6000 euros. 6000 euros, vous enlevez un peu les charges, vous arrivez à peu près à un salaire net de 3500 euros. 3500 euros à votre compte, ça vaut bien les 2500 ou 3000 euros que vous aviez chez les autres. Donc vous êtes content. Sauf que vous apprenez que, au lieu de 300 euros, vous pourriez gagner 500, 700, 800, 1000 euros si vous étiez le plus proche du client possible. Et donc, la problématique de dire que ce serait bien, c’est bien beau de gagner 6000 euros en un mois. Mais si je pouvais les gagner en une semaine ou en deux semaines ce serait mieux. Donc il a fallu se démarquer, cher François. Il a fallu se démarquer et j’ai trouvé une astuce pour me démarquer.

FPL: On veut tous connaître votre astuce, maintenant.

DM: Alors l’astuce pour me démarquer, c’est le partage. Et là on retrouve une valeur qui sera constante dans mon parcours d’entrepreneur, c’est le fait de partager. Voyez-vous, j’ai créé sur le site d’Objis  à peu près 200 articles techniques que je mets gratuitement à disposition du monde entier. 200 articles techniques dans mon secteur d’activité qui est la programmation informatique. Figurez-vous que Google, depuis dix ans, référence ces articles techniques. Figurez-vous que chaque jour désormais, j’ai à peu près entre 1500 et 2000 personnes qui chaque jour consomment le contenu que j’ai mis à disposition. Et parmi ces gens-là, il y a des gens d’EDF, il y a des gens de BNP-Paribas, il y a des gens de HSBC, il y a des gens de l’Assemblée Nationale française, il y ades gens d’Ecobank,  des gens de BCEAO. Et ces gens-là trouvent dans mon contenu des réponses à leurs problèmes. Lorsqu’il s’agit de se former « sérieusement », ils n’hésitent pas, ils nous contactent. C’est comme ça, François, que j’ai pu avoir un portefeuille qui est celui que j’ai aujourd’hui. J’avais désormais des bons commandes de grandes sociétés comme SAP comme Orange en France, comme Orange au Mali, comme Orange au Sénégal, des bons de commande avec Objis fournisseur. Parce qu’il y a eu une relation affective qui s’est créée dès lors que je leur ai apporté du contenu qui répondait à leurs problèmes, a insisté pour qu’ils soient formés avec Objis. Voilà la réponse à la question « comment je me suis démarqué », et à partir de là, les choses sont allées vraiment dans le bon sens pour Objis, et je n’ai pas eu besoin d’avoir un commercial à temps plein pour aller démarcher, pour aller prospecter.

FPL: Tribu Digitale, partagez, offrez de la valeur à votre audience comme Douglas le fait sur son site avec ses articles. Vous allez être référencés dans Google. Vous résolvez des problèmes. Douglas, merci. Et si vous pouviez alors résumer la leçon clé que vous avez retirée de cette expérience, quelle serait-elle? En quelques mots, que pensez-vous que la Tribu Digitale doive retenir comme leçon de votre expérience?

DM: Alors, il faut donner pour recevoir. Il faut donner pour recevoir. Donnez de votre savoir-faire, et les autres vont revenir vers vous pour ce savoir-faire. Donnez un peu, vous recevrez beaucoup. Voilà d’après moi la leçon qui est celle que je retiens, et qui fait aujourd’hui ma joie, non seulement dans Objis, mais également dans #10000Codeurs.

Aujourd’hui,  #10000Codeurs, c’est pour moi 3 pays que je suis allé « démarcher » avec un travail de réseautage, un travail où je donne des cours à des jeunes en leur disant: « écoutez, moi les cours que je vous donne, il y a des entreprises qui me payent 1000 euros par jour pour que je les donne, mais je vous les donne à vous, parce que grâce à vous, ça va donner un sens à ma vie ». Et vous savez que ce sont ces mêmes jeunes aujourd’hui qui prennent le relais sur le terrain –  là je vous parle de Lyon, mais à partir de, à Abidjan j’ai un jeune que j’ai formé à Java et aujourd’hui à qui je fais confiance et qui dirige mes affaires sur la Côte d’Ivoire. Extraordinaire. Et il a pris des initiatives que je ne soupçonnais pas, que je soutiens, et aujourd’hui ça fait ma joie, parce que c’est une personne aujourd’hui qui s’épanouit. C’est une personne qui est inspirante aussi pour d’autres, et qui prend le relais. Et pour moi c’est beaucoup, le fameux sens que je voulais donner à ma vie, là  je suis comblé sur ce pays. Et les perspectives sont encore spectaculaires, puisqu’il va inspirer d’autres, qui vont encore inspirer d’autres. Et ça c’est extraordinaire. Donc il faut donner pour recevoir. J’ai donné, je reçois.

FPL: Donner pour recevoir. Douglas, merci beaucoup. Nous sommes maintenant arrivés à la partie des questions Flash. Alors ici je vous pose une série de questions en rafale, et vous me répondez en allant à l’essentiel. Est-ce que vous êtes prêt?

DM: Je suis prêt.

FPL: Quelle est votre définition du succès?

DM: Le succès c’est être en harmonie avec soi-même, avec ses valeurs, et pouvoir subvenir à ses besoins.

FPL: A quoi ressemble votre journée-type?

DM: Journée-type? Le matin, je vais former des professionnels. L’après-midi je vais être en relation avec une de mes antennes dans les pays. Et puis le soir je fais un point avec certains bénéficiaires de #10000Codeurs et certains partenaires pour construire l’aventure encore.

FPL: Si vous deviez recommander un livre pratique quel serait-il? Et pourquoi?

DM: Un livre pratique? Alors ce serait peut-être…J’ai beaucoup aimé le livre « Ma vie de patron » de Jack Welch, un ancien patron de General Electric, parce qu’il donne justement son parcours. Comment il a pu, année après année, bâtir son positionnement, bâtir son succès avec des réposes simples, à des situations simples, qui vont dans le management, et qui sont souvent bourrées de bon sens.

FPL: Quels outils ou applis, productivité ou autres, utilisez-vous régulièrement?

DM: Alors j’utilise beaucoup Google Agenda pour gérer mes rendez-vous. Et puis de façon plus classique Skype pour des rendez vous, ou WhatsApp, je suis devenu accro à WhatsApp depuis quelques temps. J’ai découvert ça grâce à mes bénéficiaires au Cameroun, qui ont créé un groupe WhatsApp. Et depuis moi aussi je suis fan. Je crée des groupes, je créedes groupes avec mes frères et sœurs, je suis vraiment fan.

FPL: Tout le monde va finir sur WhatsApp.

DM: Oui, c’est fou quoi.

FPL: Qu’est-ce qui vous inspire ou vous passionne en ce moment? Il y a évidemment #10000Codeurs, mais quels sont les domaines qui vous paraissent prometteurs?

DM: Ce qui m’inspire, au-delà de #10000Codeurs, c’est qu’il en train de se passer quelque chose entre l’Europe et l’Afrique. Oui. Je sens que l’Europe « se réveille » et l’Europe va vers l’Afrique. L’Europe se tourne vers l’Afrique et je vous parle à un moment précis, puisqu’on vient d’être validés pour aller à Abidjan au sommet Union Européenne-Union africaine. L’Europe a identifié 100 startups, qui vont représenter le « Digital » Europe-Afrique: 50 européennes, 50 africaines et j’ai une sensation aussi globale – je parle aussi pour la France- ,  que la France a une autre « attitude », en tout cas dans digital avec l’Afrique et ça ça me réjouit beaucoup. Moi qui suis à la croisée des chemins, cher François, moi qui suis né en Afrique, qui ai fait toutes mes études en France et qui aujourd’hui fait du business en France et j’ai envie de faire du business en Afrique, je sens qu’il qui a une nouvelle donne, et ça, ça me passionne. ça me passionne de devenir finalement, moi qui ai cru depuis dix ans, de devenir justement, potentiellement, un repère pour des jeunes en Afrique, mais aussi potentiellement un repère pour d’autres personnes de la diaspora qui comme moi aimeraient apporter, voudraient contribuer, aimeraientt devenir un vrai pont,  voudraient donner aussi du sens à leur vie, mais ne savent pas comment faire, ne savent pas comment commencer, et je pense que là aussi j’ai une responsabilité. Donc c’est ça qui me passionne: c’est de créer cette dynamique pour l’Afrique, mais aussi surtout pour le l’Europe, et afin que l’Europe – l’Afrique puissent, ensemble, travailler pour des intérêts partagés. ça, ça me passionne. Nour Bouakline, que  vous avez interviewée d’ailleurs, et je vous en félicite, Nour elle fait partie de cette nouvelle génération de jeunes, des quadras, qui ont une expérience professionnelle, qui ont soit un pied là-bas, un pied ici, qui respectent les deux cultures et qui ont vraiment envie de devenir un pont. Et ça c’est vraiment, vraiment extraordinaire. Et mon travail aussi, une partie de mon travail, ça va être d’essayer de révéler d’autres, qui sont peut être moins présents, qui sont moins visibles, mais qui sont tout aussi compétents et tout aussi déterminés à apporter leur pierre à l’édifice. ça fait partie de mes responsabilités à l’avenir.

FPL: Merci Douglas, et Tribu Digitale, si vous n’avez pas encore écouté l’interview de Nour Bouakline, je vous invite à l’écouter. Et la dernière question, c’est la question « Back in Time », c’est ma préférée. Douglas, imaginons que vous ayez l’opportunité de remonter le temps et vous retrouvez face à votre « vous » de 18 ans. Vous n’avez que cinq minutes avant que le portail temporel nous ramène au présent. Avec l’expérience que vous avez maintenant, que vous diriez-vous? D’un point de vue pratique, quels plans ou conseils précis donneriez-vous à votre jeune Alter Ego pour réussir et qui n’implique pas d’acheter des billets de Loto, des paris sportifs, ou d’investir en Bourse.

DM: Alors, à 18 ans, je dirais: il faut d’abord croire en soi, parce que tout vient de l’individu, tout vient de soi. Toutes les  perceptions qu’on a, elles sont extérieures, mais il faut tout d’abord centrer sur soi. Si on est bien avec soi-même, si on a l’estime de soi, si on a confiance en soi, on va pouvoir se forger une intime conviction, et puis mettre en place des scénarios pour avancer. Et aussi, surtout, j’ai découvert le fait d’être fort en soi-même, ça inspire aussi les autres. C’est-à-dire que les autres deviennent, finalement, inspirés par vous. Donc premier conseil: ayez confiance en vous. Deuxième conseil: ayez une vision, fixez-vous un objectif, pas seulement en termes professionnels, mais en termes de projet de vie. Qu’est-ce que vous voulez faire dans votre vie? Qu’est-ce que vous voulez impacter? ça c’est le deuxième conseil. Il se trouve que moi je me suis posé cette question-là plutôt à 40 ans. Et à 18 ans, on pense pas forcément à ça. A18 ans, on pense plus à faire ses preuves, mais je pense qu’il faut aussi se dire: « quel est le sens que donne à ma vie? ». Donc petit 1: confiance en soi; petit 2: avoir un projet de vie, pas un projet forcément professionnel, mais un projet de vie. Et puis 3: faire ses preuves, quand même. Faire ses preuves, choisir un secteur d’activité. Faire ses preuves, alors ça peut être avec les études ou les études. Si on a la chance d’avoir fait des études, tant mieux. Mais il faut faire ses preuves. Après avoir fait ses preuves, on va pouvoir progressivement donner sens à sa vie et puis atteindre en fait, converger vers le deuxième objectif. Quatrième recommandation: c’est justement cette idée de donner. Voilà, il faut donner et il faut se mettre aussi au niveau des personnes, c’est-à-dire que, moi j’ai pu constater que mon premier retour en Afrique était très dur, puisque puisque j’étais un peu hautain en fait. J’étais un peu hautain. Ma culture, mon environnement, fait que ce n’est pas que je prenais les gens de haut, mais je dégageais cela. Et donc il faut toujours essayer de se mettre à la place des uns et des autres, toujours se mettre à la place des personnes avec lesquelles on parle et leur envoyer un message subliminal qui est: « je suis avec toi. Je suis avec toi et j’ai besoin de toi pour avancer. Moi qui ne connais pas ton pays, je te demande de me dire quelles sont les us et coutumes ». Voilà un petit peu quelques éléments que je peux donner si j’avais 18 ans.

FPL: Tribu Digitale, croyez-en vous, fixez-vous un objectif de vie. Il n’est jamais trop tôt. Faites vos preuves et surtout donnez, partagez, mettez-vous à la place des autres. Douglas, merci! Nous sommes maintenant arrivés à la fin de l’épisode. Merci d’avoir partagé généreusement toutes ces informations avec nous. Tribu Digitale, j’espère que vous avez bien pris note. Je sais qu’il y en a parmi vous qui hésitent encore à se lancer et j’espère que l’aventure de Douglas vous inspirra à faire le grand saut. Alors Douglas, pour le mot de la fin: que diriez-vous à nos auditeurs de la Tribu Digitale qui hésitent encore à se lancer en tant qu’entrepreneur, ou qui se sentent bloqués. Si vous aviez un seul conseil à leur donner, quel serait-il?

DM: Alors, le conseil c’est: une fois de plus, ayez confiance en vous, et puis essayez d’écrire sur papier votre projet, d’accord. Et essayez de vous entourer. ça c’est très important. Essayez de vous entourer des personnes qui entendre votre projet, qui ne vont pas en rire, mais qui seront peut être les premiers grands frères dans votre aventure entrepreneuriale.

FPL: Tribu Digitale, entourez-vous des bonnes personnes. Douglas, vraiment, merci, ce fut un plaisir et un honneur de vous avoir parmi nous aujourd’hui. Avant de nous quitter, dites-nous comment rester en contact avec vous, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, et si vous avez une annonce à faire, la Tribu Digitale vous écoute.

DM: Je suis souvent disponible sur Twitter, vous pouvez me suivre sur @douglasmbiandou, tout attaché. Et puis sur LinkedIn, j’écris des articles depuis maintenant quelques mois. J’en profite pour vous dire que sur LinkedIn, c’est un réseau que j’ai découvert et c’est un espace d’expression vraiment optimal pour des personnes qui ont des idées, pour des personnes qui ont une vision, pour des personnes qui veulent aussi entraîner une Tribu de professionnels. Alors, pour terminer, l’annonce des 100, les 100 premiers bénéficiaires. Nous avons réalisé un article là-dessus. J’invite ceux qui nous écoutent, j’invite la Tribu Digitale à découvrir chacun et chacune des cent premiers bénéficiaires du programme #10000Codeurs. Ce sont ces 100 pour lesquels la société Objis a financé 90 % de la formation. C’est sur ces 100, que nous allons nous inspirer pour montrer que nous sommes capables de former d’une part, et d’insérer d’autre part, tout au long de 2018 nous tâcherons de donner des informations sur le scoring de ces personnes-là, qu’est ce qu’elles deviennent. Et puis j’informe aussi la Tribune Digitale qu’elle pourra me retrouver régulièrement dans les différents pays. Donc n’hésitez pas à m’approcher si vous êtes au Cameroun, si vous êtes en Côte d’Ivoire, si vous êtes au Sénégal, et bientôt  là c’est quelques scoops réservés à la Tribu, je vous informe qu’en février, en République Démocratique du Congo, nous allons lancer #10000Codeurs RDC; nous allons lancer  #10000Codeurs Congo-Brazzaville au mois d’avril. Nous sommes en discussion pour le Gabon, et nous souhaitons plus que tout, créer un espace de certificat qui sera valable en fait dans tous les pays africains et par delà, avec cette volonté de préciser qu’est-ce que c’est, quels sont les nouveaux métiers, qui sont les métiers du numérique. Parce qu’il y en a beaucoup qu’on ne connaît pas encore, mais on va se positionner pour être une structure qui qualifie, qui forme, des profils qui sont valables dans plusieurs pays.

Voilà, c’est cette info que je voulais vous donner et qui va faire du bien aussi à nos futurs bénéficiaires.

FPL: Tribu Digitale, vous venez d’entendre Douglas Mbiandou partager avec vous son expérience et ses conseils. C’est à vous de jouer maintenant. Rejoignez-nous sur révolutiondigitale.fr et tapez « Douglas » dans la barre de recherche: vous aurez accès à sa page dédiée, avec toutes les informations et les références dont nous avons parlé aujourd’hui. Et bien sûr, n’oubliez pas de visiter la page de Douglas sur LinkedIn et de le suivre sur ses réseaux sociaux. Allez vérifier et suivre #10000Codeurs et surtout les nouvelles initiatives #10000Codeurs RDC. Nous mettrons tous les liens sur Internet également. Douglas, merci encore d’avoir partagé avec nous votre aventure. Au revoir et je vous retrouve en backstage.

DM: Merci beaucoup! Au revoir.

LES POINTS À RETENIR

1. ENTOUREZ-VOUS DES BONNES PERSONNES. Celles qui vont pallier ou compenser vos carences, au bénéfice du projet ou de l’entreprise.

2. DONNER, POUR MIEUX RECEVOIR. Donnez de votre savoir-faire, et les autres vont revenir vers vous pour ce savoir-faire. Donnez un peu, vous recevrez beaucoup.

3. AYEZ CONFIANCE EN VOUS. Croyez-en vous, fixez-vous un objectif de vie. Il n’est jamais trop tôt. Faites vos preuves et surtout donnez, partagez, mettez-vous à la place des autres. Essayez d’écrire sur papier votre projet. Posez-vous ces questions: “Qu’est-ce que vous voulez faire dans votre vie? Qu’est-ce que vous voulez impacter?”

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OUTILS MENTIONNÉS

Vous trouverez ci-dessous toutes les références des resources mentionnées durant l’épisode!

APPLIS

Liste des applis mentionnées durant l’épisode.

LIVRES

Liste des livres mentionnés durant l’épisode.

AUTRES

Autres resources mentionnées durant l’épisode (événements, sites web, etc.)

Objis

Spécialiste technologie web mobile JAVA

#10000Codeurs

En réponse au problème de l’Emploi des jeunes en Afrique, le programme #10000Codeurs fournit à ses bénéficiaires des compétences garantissant leur employabilité dans le secteur porteur du développement d’application Web et mobile. Notre ambition : former entre 2015 et 2025 plus de 10000 informaticiens dont l’Afrique a besoin pour son Développement.